Qui est John Galt ?

C’est l’été et ninjentrepreneur a pris un gros pavé à lire pour la plage, avec des gros morceaux d’entrepreneurs héroïques dedans.

 Je viens de terminer « la grève » (Atlas Shrugged) de Ayn Rand et je dois dire que je n’ai jamais mis autant de temps à venir à bout d’un ouvrage.

La tâche est en effet ardue : imaginez un pavé de 1000 pages de roman économico-philosophique libéral. « La grève », ca se digère donc, petits bouts par petits bouts…

Pourtant, je ne regrette pas du tout de m’être accroché !

D’après la couverture de l’ouvrage, « la grève » serait le livre le plus influent aux Etats Unis après la bible …

Après l’avoir lu, j’imagine que cette affirmation est déduite d’un sondage anonyme effectué à la sortie de la bibliothèque du sénat des Etats Unis en pleine ère Reagan.

Parce que je dois vous prévenir, Ayn Rand est une extrémiste !

 Si on prend comme définition de l’extrémiste une personne mettant une valeur au dessus de toutes les autres et déroulant à partir de là un raisonnement excluant tout compromis, Ayn Rand fait indéniablement partie de cette catégorie.

Les valeurs suprêmes pour Ayn Rand sont la raison et l’égoïsme : autant dire que cet auteur n’est pas du tout dans l’ère du temps. Dans un monde fait d’interrelations ou la solidarité a été un thème majeur de campagne présidentielle, et où la religion et l’obscurantisme prospèrent, la pensée de Rand donne l’impression de venir d’une autre planète.

Elle a fondé son propre courant philosophique : l’objectivisme. Le roman a pour objet d’expliquer et de détailler sa pensée. Vous la trouverez condensée en un peu moins de 100 pages, vers la fin du roman dans le chapitre « c’est John Galt qui vous parle ».

Ayn Rand ne se reconnait qu’une réelle influence philosophique : Aristote. Après avoir lu le roman, je pense qu’elle aurait pu être un tout petit peu plus modeste et reconnaître les nombreuses influences qui transparaissent dans sa démonstration : son héros semble familier de Thoreau (théoricien de la désobéissance civile non violente), et elle a incontestablement biberonné à Nietzche, à Adam smith et aux penseurs américains du pragmatisme (comme Dewey par exemple).

Le lecteur est amené à se familiariser petit à petit avec les idées de l’auteur au travers des aventures d’une poignée de héros formidables. On suivra ainsi Dagny, héritière d’une dynastie d’entrepreneurs dans les chemins de fer, Francisco, magnat du cuivre sud américain ou encore Rearden, l’ingénieur qui a développé un nouveau métal révolutionnaire.

La grève est donc aussi un roman.

En tant que roman, il y a une bonne intrigue (l’auteur a été scénariste) et un style qui ne plaira peut-être pas à tout le monde.

Les héros et les situations sont parfois tellement caricaturales ou stéréotypés que ne connaissant pas l’auteur, j’ai du interrompre ma lecture pour aller vérifier que l’ouvrage n’était pas en réalité une satire d’une ironie mordante écrite par un faussaire trotskyste.

L’ouvrage est en effet riche en passages savoureux.

 Ainsi quand le pirate Danneskjöld se paye sur plusieurs pages la figure de Robin des bois :

« Il prenait aux riches pour donner aux pauvres. Eh bien moi, je prends aux pauvres et je donne aux riches ».

On remarquera aussi la longue tirade morale de Francisco D’Anconia : « dans l’expression -faire de l’argent- réside l’essence même de la morale humaine »(sic).

Le roman est émaillé de ces petits tours de force argumentés.

Que vous soyez un économiste libéral farouche ou un mélanchoniste doté du sens de l’humour, vous devriez savourer ces passages (sachez cependant que l’auteur lui, a écrit tout cela au premier degré).

En ce qui concerne l’économie, l’auteur reste sur une ligne libérale classique et peu imaginative (l’Etat ne doit s’occuper que de l’armée, de la police et de la justice et bien entendu, l’impôt sur le revenu devrait être supprimé).

Au final, je dirais que du point de vue de l’éditeur ce livre par les idées qu’il porte vient vraiment au mauvais moment dans le mauvais pays. Une initiative éditoriale courageuse donc !

Je pense qu’il faut lire « La grève ». Nous devons à mon avis saisir chaque opportunité de nous mettre en situation d’échange cognitif avec des pensées originales.

Il est peu probable que le lecteur adhère à l’ensemble de la pensée de l’auteur et je pense même que tout lecteur de gauche et d’extrême gauche pourra en le lisant se renforcer dans ses opinions.

D’autres y trouveront matière à une morale personnelle exigeante : « Je jure sur la vie et sur l’amour que j’ai pour elle, de ne jamais vivre pour les autres, ni demander aux autres de vivre pour moi. »

Au fait, qui est John Galt ?

La réponse est dans le livre.

 

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2 commentaires sur “Qui est John Galt ?
  1. avatar Stef dit :

    Bonjour. J’ai publié un article vous concernant sur mon blog et je tenais à vous en informer. Longue vie à Ninjentrepreneur et merci.

    • avatar admin dit :

      Merci,
      Il est toujours précieux d’avoir un retour sur ce que l’on fait.
      Je suis allé faire un tour sur paranormale-entreprise.fr :
      Il ya de bonnes idées de rubriques marquées par une volonté d’être TRES pratique (ce qui est à mon avis important).
      Continuez.

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