Business models d’en bas de la rue : le vendeur à la sauvette

Aujourd’hui : le vendeur de souvenirs et d’accessoires à la sauvette.

 

La moitié des travailleurs du monde ne bosse pas pour l’économie réelle.

L’économie informelle, le system D(émerde), sans parler des activités vraiment criminelles pourrait même concerner les 2/3 des emplois d’ici 2020. C’est une économie mondialisée avec ses circuits et ses modèles économiques originaux.

Il était juste que je consacre quelques articles de ma série sur les business models d’en bas de la rue à ces activités.

Le vendeur à la sauvette c’est ce grand gars qui écume les lieux touristiques avec ses tour Eiffel, ses lunettes de soleil, ses montres et ses accessoires de mode, prêt à vous vendre tout ça à prix bradé.

Vous vous êtes sûrement demandé comment ce business est organisé ?

Et bien, comme ça :

 

Le segment de clientèle : C’est le promeneur et le touriste.

La proposition de valeur : Les mêmes articles que dans les boutiques d’à côté mais bien moins cher. Ce n’est pas de la « vraie marque », mais personne n’est dupe. Pour les articles les plus insignifiants, comme les tours Eiffel, la notion de marque n’est d’ailleurs pas pertinente.

Exemple : le porte clé tour Eiffel coûte 50 centimes en boutique contre 20 à 30 centimes chez le vendeur à la sauvette.

Canaux de distribution : La vente est directe, concentrée sur les lieux touristiques. Les vendeurs se cooptent entre eux et se regroupent par origine géographique. Pour rester sur le cas de la tour Eiffel et du Trocadero, les sénégalais, les gabonais et les indiens constituent le gros des bataillons. Comptez facilement 10 heures de travail par jour, sept jours sur sept.

La relation client : Elle est parfois étonnement bonne : le touriste est souvent bien disposé à l’égard du vendeur à la sauvette « un brave gars entreprenant qui ne cherche qu’à gagner sa vie » et peut même aller jusqu’à prendre sa défense en cas d’interpellation policière. En comparant les prix avec ceux des commerces de souvenir environnants, il se dit souvent « la vache, dans ces boutiques à touristes, ils chargent les prix ».

Le touriste ne se dira jamais que les vendeurs à la sauvette sont à l’origine d’une baisse du chiffre d’affaire des commerces environnants qui peut aller jusqu’à 70%, ni que le commerce d’articles de contre façon détruit plusieurs dizaines de milliers d’emploi de l’économie légale.

On notera que la relation avec les clients se dégrade rapidement quand il y a surpopulation de vendeurs et donc une concurrence exacerbée.

Flux de revenus : Au tarif du porte clé « tour Eiffel », ne vous attendez pas à devenir roi du pétrole ! Même en plaçant une paire de lunettes de temps en temps, le revenu mensuel moyen tourne autour de 300 ou 400 €. Les bons mois, les stars de la profession peuvent quand même monter jusqu’à 700 €. Ces revenus sont aussi tributaires d’une certaine surpopulation de vendeurs : entre 150 et 400 sur le seul spot de la tour Eiffel.

Ressources clés : La communauté est le seul appui du vendeur à la sauvette de souvenirs : c’est par elle qu’il a pu être coopté et introduit auprès des fournisseurs. C’est parce que le vendeur à la sauvette est entouré de ses pairs qu’il est protégé de la police. En effet cette activité est un délit passible de six mois de prison et de 3.750 € d’amende. Quand vous avez 100 copains dans le coin, prêts à rappliquer, dans une zone grouillante de touristes, avouez que la puissance publique a du mal à vous interpeller.

Activités clés : La vente directe sans se décourager semble être l’activité principale de ce business. Une certaine aptitude à la vente forcée (surtout si vous vendez des bracelets tressés) fait aussi son effet.

Partenaires clés : Le commerce illégal des colifichets est alimenté par des « sociétés asiatiques », et même si il y a parfois de spectaculaires coups de filet de la police dans ce milieu, il n’y a aucun signe de ralentissement de l’activité. L’essentiel de la contrefaçon vient de Chine (80% de la production mondiale de contrefaçons) et alimente tout un réseau de déchargeurs, transporteurs et passeurs.

Si si, le porte clé tour Eiffel n’est pas le même que dans la boutique souvenir et est lui aussi une contre façon.

Structure de coûts : hein ? C’est quoi ça ? Je n’ai AUCUNE idée du tarif auquel on achète en gros ses portes clés  « tour Eiffel » à un grossiste asiatique. Sans doute pour un montant ridicule … J’aurais bien aimé vous donner une idée de marge commerciale, mais c’est le genre d’information un peu difficile à obtenir. Si vous travaillez aux douanes, je suis preneur de précisions.

Pour le reste, l’économie de la débrouille ne croule par définition pas sous les charges ou les taxes.

 Les variantes :

La vente des boissons : le circuit est plus simple. Le fournisseur est en général la supérette du coin et les boissons sont revendues au double du prix

Le caddie de marrons chauds ou de maïs grillés : même circuit simple, avec cependant nécessité d’un matériel moins facile à planquer. Vendu 1 € pièce cette activité pourrait rapporter jusqu’à 1000 voire 2000 € par mois (à mettre en relation avec l’amende de 3750 € citée plus haut). Pour vendre plus de 30 épis par jour, les sorties de métro de certains quartiers sont les « spots » les plus prisés.

Comme d’habitude, Ninjentrepreneur n’assume rien du tout et décline toute responsabilité si vous lancez une activité de vendeur à la sauvette.

 Enjoy !

L’essentiel des données et chiffres de cet article ont été collectées au gré des articles parus dans la presse sur le sujet.

 Dans la série des business models d’en bas de la rue, découvrez aussi la laverie automatique ou encore le starbucks cofee.

Testez aussi votre flaire d’investisseur dans l’univers du kebab avec le jeu dont vous êtes le consultant.

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2 commentaires sur “Business models d’en bas de la rue : le vendeur à la sauvette
  1. avatar LoveRubio dit :

    Bonjour,

    Je viens de découvrir votre site car j’essaie d’établir un business model.
    Votre site est très intéressant et votre style d’écriture fluide et agréable.

    J’ai beaucoup ri en découvrant le business model des vendeurs de tours eiffel ou de marrons chauds.

    Bravo à vous. Merci pour votre travail.

    • avatar admin dit :

      Merci pour vos encouragements !
      D’autres articles sur les business models de l’économie formelle et informelle sont en projets.
      restez « aware » !

1 Pings/Trackback pour "Business models d’en bas de la rue : le vendeur à la sauvette"
  1. […] Voici cependant exemple avec détail bloc par bloc : le business model des vendeurs à la sauvette […]

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