Entrepreneurs, prenez le contrôle !

Quel que soit l’angle sous lequel on prend la chose, créer une entreprise est une aventure de développement personnel visant à mieux contrôler sa vie.

Dans la pratique, avoir le contrôle sur les évènements est tout sauf évident et à mon avis cette question méritait d’être traitée sur Ninjentrepreneur.

Il y a en effet des choses sur lequelles l’entrepreneur a un contrôle directe et les choses sur lesquelles, quels que soient sa volonté et son talent, il a très peu prise (ou pas du tout). Pour ces seconds éléments, la littérature entrepreneuriale ou de développement personnel insiste sur le rôle de la persévérance « winners never quit ». Si une certaine constance dans l’action est utile, je pense qu’il faut vraiment aller au-delà.

Quels éléments pouvez-vous contrôler actuellement ?

Il y a des éléments dans votre besace sur lesquels vous avez une prise directe :

Ce sont les éléments que vous êtes prêts à engager dans votre aventure entrepreneuriale (et donc à perdre).

Contrôler commence donc par inventorier vos ressources actuelles. Il faut réfléchir au-delà de vos ressources purement matérielles.

Faites ensuite une liste toute simple avec trois colonnes : Qui je suis, Ce que je sais, qui je connais.

Qui je suis : quelles sont  vos qualifications, vos passions, votre situation personnelle …

Ce que je sais : Vous possédez peut-être une bonne connaissance de votre marché, ou vous avez compris une chose capitale sur un besoin non comblé pour un segment de clientèle particulier.

Qui je connais : votre carnet d’adresse est une ressource inestimable (vous connaissez sans doute quelqu’un qui connait quelqu’un qui connait quelqu’un qui connait la reine d’Angleterre J)

Contrôler consiste ensuite à décider quelles ressources vous allez engager et à quelles conditions vous allez continuer ou  abandonner. La question à vous poser est toute simple : « Puis-je vivre sans cette ressource ». En choisissant consciemment ce que vous êtes prêts à perdre et en fixant des limites, vous prenez le contrôle sur le « scénario le pire » pouvant vous arriver (puisque vous l’avez choisi).

Pour changer le monde, commencez par vous contrôler vous-même.

Si il y a bien une chose sur laquelle vous pouvez agir, c’est sur vous-même et vos méthodes de travail.

Il est important avant de commencer ce travail d’être lucide sur les pauvres choses que nous sommes : de nombreux biais et faiblesses affectent directement notre faculté à contrôler notre vie.

Quelques biais courant affectant directement notre capacité de contrôle :

L’illusion de contrôle : C’est l’impression que nous pouvons contrôler même des résultats sur lesquels nous n’avons aucune influence.

L’effet de gel : c’est la tendance à l’engagement qui nous empêche de revenir sur nos décisions, même si elles nous sont néfastes ;

Le piège abscons : c’est un dérivé des effets précédents. Nous avons le sentiment que le fait d’avoir impliqué énormément de ressources (temps, argent …) dans notre projet nous a rapproché de notre objectif et que abandonner nous ferait tout perdre, même si un regard lucide permettrait de constater que les progrès sont quasi nuls.

La surestimation ou la sous-estimation de ses performances : La plupart des entrepreneurs pourraient être caractérisés par une « over-confidence » en leurs capacités. Plus généralement, sur les tâches difficiles, nous aurions d’après certains chercheurs tendance à surestimer nos capacités, tout en pensant faire moins bien que les autres, alors que sur les tâches simples, nous aurions tendance à sous estimer notre performance, tout en pensant que nous faisons mieux que les autres.

Ces quelques bases devraient vous permettre de vous poser quelques bonnes questions : « ai-je bien le contrôle sur ces évènements », « comment mesurer l’impact de mes actions sur les progrès de mon projet ? »

Votre capacité d’exécution :

Il faut bien le dire, nous ne sommes pas tous des « faiseurs » et nous avons en général une marge de progression très importante en terme d’organisation personnelle. Il existe tout une littérature sur l’organisation personnelle et je pense cet aspect devrait être une priorité absolue des entrepreneurs dès le début de leur aventure.

Comment savoir si ce que vous faites est bien conforme avec vos capacités ? Le concept de « flow » peut être à mon avis utile ici : vous êtes dans un état de flow quand ce que vous savez faire et devez faire est en cohérence avec ce que  vous faites et pouvez faire.

Pour faire simple, si vous en ch…z trop, c’est que vous n’êtes pas la bonne personne ou que vous ne procédez pas de la bonne manière : vous avez un problème de contrôle ou de maîtrise.

Contrôler votre environnement

Quelle prise avez-vous réellement sur votre activité ?

Taleb dans le signe noir et le hasard sauvage distingue deux contrées mytiques : le médiocristan et l’Extrêmistan.

En Extrêmistan règne le « hasard sauvage », il n’y a aucune limite au succès et les revenus d’une activité ne sont pas dépendants du travail effectué : dans ce monde, le gagnant rafle tout. Essayez de faire exprès d’écrire « Harry Potter » et d’en vendre autant que J.K Rolling et vous comprendrez-vite de quoi je parle.

Au Médiocristan, chaque résultat obtenu est raisonnablement lié à votre travail et le hasard y est modéré : montez un lavomatic et vous aurez une bonne vision du médiocristan.

Votre contrôle sur votre activité sera d’autant plus grand si vous êtes dans le Médiocristan, qu’il sera quasi impossible si vous êtes dans l’Extrêmistan.

Petit exercice : imaginez un restaurant ou un lavomatic. Sur quels éléments pourriez-vous avoir le contrôle pour optimiser vos résultats ?

Choisissez les éléments pour lesquels vous pouvez avoir le plus facilement le contrôle et regardez les résultats obtenus (c’est incroyable ce que même un simple sourire ou des toilettes propres peuvent avoir comme effets).

Contrôler votre business model.

Si vous avez vraiment réfléchi sur le cas du lavomatic, vous avez du constater que quels que soient les éléments que vous pouvez contrôler ou améliorer, il n’y a pas de quoi exploser le chiffre d’affaire. Au mieux, vous pouvez vous assurer que les clients ne fuient pas et reviennent en gardant votre personnel poli et votre lavomatic propre et sécurisé. Vous avez sans doute imaginé des recettes complémentaires, mais même cela ne vous a pas emmené vers la fortune et la retraite à 40 ans.

Il va vous falloir réinventer le business model du lavomatic.

Comme vous êtes ambitieux, vous avez peut-être imaginé le lavomatic du troisième millénaire, qui devrait vous rendre riche (il manque juste quelques années de recherche et développement et quelques millions d’investissement).

En ce qui concerne votre business modèle, il y a des éléments que vous pouvez plus facilement contrôler que d’autres.

Parmi les éléments sur lesquels vous avez beaucoup de prise : la définition de votre offre de valeur, ce que vous pouvez offrir à un futur associé …

Et des éléments sur lesquels vous n’avez aucune prise : une crise inattendue qui remets en cause votre modèle, les moyens que vous n’avez pas et pour lesquels vous êtes peut-être en train de lever des fonds (ah si seulement vous aviez ces 6 millions d’euros… tout serait facile, si seulement ce fonds d’investissement répondait enfin à vos sollicitations…). Evidemment, avec la pratique et la renommée, vous pouvez réellement avoir de l’influence sur une levée de fonds, je parlais ici des 95 autres pour cent de galériens candides.

Un principe de réalité devrait ici guider votre action : partez des moyens dont vous disposez et des éléments sur lesquels vous avez du contrôle pour définir votre business model. Déployez vos antennes et sortez beaucoup, il y a forcément un partenaire quelque part qui peut vous apporter des moyens nouveaux qui pourraient modifier votre business model dans un sens plus intéressant.

Donc pour avoir du contrôle sur votre business model, rêvez ! … mais en partant de l’existant et de ce que vous découvrirez en cours d’aventure.

IMG_2851

Le lavomatic « à domicile » :cet entrepreneur colombien vous loue une machine à laver à l’heure, qu’il amène directement chez vous.

IMG_2849

Les conditions d’utilisation du lavomatic « à domicile »

Pour aller plus loin :
Sur ce blog : Tout sur le lavomatic
Les ouvrages suivants ont  influencé cet article (entre autres):


Partagez :
  • Print
  • Digg
  • StumbleUpon
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Yahoo! Buzz
  • Twitter
  • Google Bookmarks
  • Add to favorites
  • email
  • Netvibes
  • RSS
  • Scoopeo
  • Wikio FR
  • Blogosphere
  • Google Buzz
  • Wikio
Retweet
Publié dans Business model, Pratique, Théories Tagués avec : ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*